22/03/2007

Roman

Ce qui a dévoré nos coeurs

 

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Ce roman de Louise Erdrich commence avec Faye qui découvre un vieux tambour indien lors d’un inventaire de succession en Nouvelle Angleterre et nous mène dans le North Dakota dans la réserve des indiens Chippewa.

Il remonte le temps et nous conte une histoire tragique: un couple d’indiens se sépare, une petite fille est dévorée par les loups, puis une autre histoire où la magie du tambour sauve du froid et de la neige trois enfants perdus. Dans ces histoires se mêlent les races(indiens, blancs, métis, bien et mal intégrés)et leurs univers. Louise Erdrich nous ramène à Revival Road pour conclure par une rencontre amoureuse inévitable. La traduction un peu laborieuse ne facilite pas la lecture de ce roman foisonnant (un peu trop)

 

«Les chagrins, on les épuise avec les moyens du bord, ce qu'on a sous la main. On s'en débarrasse à force d'en parler, on ne les laisse pas s'incruster au fond de soi. Vous voyez, c'était à ça que le tambour était bon. A faire sortir ces chagrins, au grand jour, où les chants pouvaient les emporter.»

 

Une critique: André Clavel , Samedi 27 Janvier

Un père allemand, une mère ojibwa: Louise Erdrich est une sorte de Lorelei échappée d'un tipi du Dakota. C'est là qu'elle a affûté sa plume avant de devenir - avec Sherman Alexie - la figure la plus emblématique de la jeune littérature indienne d'Amérique. Ecrire, pour elle, est un acte réparateur, afin de ravauder la mémoire déchirée de ces communautés qui vivent sur les décombres d'un passé légendaire, au cœur des Grandes Plaines. Née en 1954, Louise Erdrich a grandi à Wahpeton, petite ville du Dakota du Nord où ses parents enseignaient à l'école indienne. A deux pas de la maison, ses grands-parents paternels tenaient une boucherie - lire La Chorale des maîtres bouchers - et, tout près, sur la réserve de Turtle Mountain, vivaient ses grands-parents maternels.
«Chez nous, il n'y avait pas de télévision, dit Louise Erdrich, mais les livres avaient une grande place. C'était excellent pour l'imagination et mon père me récompensait d'une pièce de cinq cents si je lui racontais une belle histoire! Il adorait le théâtre de Shakespeare et aussi Mozart, qu'il nous faisait écouter sans modération.» Voilà pourquoi la musique est omniprésente dans les romans de Louise Erdrich. «Pour moi, poursuit-elle, elle est l'âme de l'existence. J'ai toujours pensé qu'elle était le seul moyen de nous consoler de nos chagrins. Bien davantage que les mots, elle peut nous apaiser, nous pénétrer lorsque nous sommes la proie du désespoir. Comme si elle était d'essence divine, surnaturelle.»
C'est au début des années 1980 que Louise Erdrich - tout en travaillant dans un bar - a commencé à écrire, sous le signe de Willa Cather et de Flannery O'Connor. «Je suis devenue romancière en racontant des histoires du Dakota, avec des personnages qui me sont très proches, en particulier les Indiens de cette région. Mon premier livre, L'Amour sorcier, est paru en 1984 et j'ai cru qu'il allait être rapidement oublié. Mais Toni Morrison et Philip Roth l'ont salué, il y a eu des articles dans la presse et il a reçu l'American Book Award. J'étais gâtée!»
L'œuvre de Louise Erdrich - une douzaine de romans - mêle très habilement les registres: la musique et le patrimoine indien, la magie et le folklore, la peinture des paysages et la référence au sacré. L'héroïne de Ce qui a dévoré nos cœurs, Faye Travers, vit dans le New Hampshire avec sa mère, originaire d'une tribu d'Ojibwa. Leur travail consiste à régler des successions, et c'est à cette occasion que Faye déniche une précieuse collection d'objets indiens datant du XIXe siècle. Parmi eux, un mystérieux tambour orné de petits cônes en fer-blanc, de grelots, de perles, de figures représentant une jeune fille, une main, une croix et un loup... Intriguée, Faye décide de s'approprier cet instrument qui semble posséder de fabuleux pouvoirs, comme s'il était habité par un être vivant. «Certains pensent que les objets absorbent une part de l'essence de leur propriétaire, note Faye. Moi, je ne me mêle pas de ça. Et pourtant, au moment où je m'approche du tambour, je jurerais qu'il résonne. Une note profonde, grave et sonore.»
L'histoire de ce tambour va être au cœur du roman. En un long flash-back, Louise Erdrich remonte le temps jusqu'à ce drame terrible qui, jadis, frappa l'Indien Shaawano, dont la petite fille fut dévorée par des loups. Afin qu'il ne meure pas de désespoir, la nuit, le fantôme de l'enfant se mit alors à apparaître dans ses rêves. Et à lui donner des instructions très précises pour qu'il fabrique un tambour qui, par ses pouvoirs surnaturels, allait lui permettre de conjurer la mort de sa fille, dont la voix consolatrice semblait surgir de l'au-delà et résonner dans les tréfonds de l'instrument. Lequel finira entre les mains de Faye, après avoir battu au rythme de la douleur des êtres, mais aussi de leurs espérances.
Empruntée à une légende indienne, cette histoire fascine, en rassemblant les vivants et les morts dans la même sarabande. Et dans la même musique, dont Louise Erdrich connaît les pouvoirs rédempteurs.

 

Un site web sur Louise Erdrich: http://www.harpercollins.com/author/index.aspx?authorid=2...

20:21 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livres |  Facebook |

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