13/03/2008

Wozzeck

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Hier, soirée de sortie au Théâtre Royal de la Monnaie pour le Wozzeck d'Alban Berg. Fameux morceau!

Mise en scène millimétrée dans sa simplicité (pas de décors, un sol en terre) et son originalité (un étang réel), avec des beaux jeux de lumières et une noyade finale très réaliste - un trucage impressionnant.

Musique de Berg, très puissante et pas facile à avaler.

Bravo aux interprètes de Wozzeck et de Maria, en particulier .

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Wozzeck

direction musicale: Mark Wigglesworth

mise en scène: David Freeman

scénographie et éclairages costumes: Michael Simon, Anna Eiermann
chef des chœurs : Piers Maxim

chef des choeurs d'enfants: Denis Menier

Wozzeck: Dietrich Henschel

Marie: Claudia Barainsky

Hauptmann: Douglas Nasrawi

Doktor: Jan-Hendrik Rootering

Tambourmajor: Tom Randle

Margret: Sara Fulgoni

Erster Handwerksbursch: Kurt GysenZweiter

Handwerksbursch: Paul McNamara

Der Narr: Joshua Ellicott 

Orchestre symphonique, choeurs d'hommes et choeur d'enfants de la Monnaie

Wozzeck, drame de l'ordinaire

Nicolas Blanmont

Mis en ligne le 29/02/2008

Le chef-d'oeuvre d'Alban Berg dans une superbe mise en scène de David Freeman. Dirigé par Mark Wigglesworth, l'orchestre de la Monnaie est en forme.

Un plateau entièrement nu, mais revêtu de quelques quintaux de tourbe brune, comme un sable coupé de sciure sur une piste de cirque. Rien à l'horizon si ce n'est, on ne le remarquera qu'à la fin, une étendue d'eau perdue comme une oasis invisible. Pas de décor, ou presque - est-ce le mur normal, que l'on distingue là au fond ? Pas d'accessoires non plus, si ce n'est des chaises : celle sur laquelle prend place le capitaine quand Wozzeck le rase, celles de l'auberge où se retrouvent soldats et filles de joie - et ce piano désaccordé, prévu dans les didascalies et flanqué ici de roues qui le rende plus grotesque encore. Et, surtout, une imagerie traditionnelle : les uniformes militaires, le haut-de-forme du docteur, les vêtements début XXe siècle de Marie et des autres prostituées.

Fidélité

Au premier regard, on pourrait croire à une mise en scène basique, voire dépourvue d'inspiration. On en est loin : dans ce minimalisme, chaque détail compte, chaque geste, chaque attitude, chaque mouvement est chargé de sens. Et il y a ces éclairages de Michael Simon qui, croisant parfois des fumées, découpent l'espace et sculptent le relief. Pas de relecture du livret, pas de transposition ou de distanciation brechtienne, mais une fidélité minutieuse qui fait mouche : sans effet inutile, ce réalisme extrême mais jamais exagéré restitue toute la banalité d'un drame ordinaire, et nous rend le propos intemporel, universel, et donc encore plus fort. Et les quelques libertés, infimes, prises avec les usages font mouche.

Si la musique militaire qui accompagne le tambour-major joue en coulisse, c'est pour rendre plus dérisoire encore cette parade de mâles majorettes dont le pas martial s'étouffe dans la terre. Et si l'enfant est présent lors de la scène de séduction - de viol - de Marie par le fier étendard, c'est pour cette image hallucinante de cruauté tranquille où il repart, aveuglé par le panache de plumes trop grand posé sur sa tête jusqu'à lui cacher le regard.

Musicalement, le bonheur n'est pas moindre. Dirigé par Mark Wigglesworth - nettement plus convaincant ici que dans "Mitridate" en octobre dernier - l'Orchestre symphonique de la Monnaie fait éclater sa palette de couleurs, des transparences les plus diaphanes aux déchaînements paroxystiques (le final est presque puccinien) en passant par les teintes les plus troubles. Et les chanteurs sont admirables, tant vocalement que dans leur adéquation physique au personnage : Tom Randle (Le tambour-major), Douglas Nasrawi (le Capitaine), Jan-Hendrik Rootering (le Docteur), Marcel Reijans (Andres), Joshua Ellicott (le bouffon) ou Sara Fulgoni (Margret).

Deux Wozzeck

Sans oublier les deux premiers rôles, chacun avec deux titulaires en alternance. Si les deux Marie sont excellentes, Solveig Kringelborn convainc encore plus encore que Claudia Barainsky par la pureté de son timbre et la précision de son chant. Et dans le rôle principal, Werner Van Mechelen a les vertus d'une voix puissante et très assurée mais, scéniquement, semble souffrir un peu de l'obligation qui lui est faite de rentrer dans un personnage dessiné avant tout pour un autre (notre compatriote ne chante que trois représentations).

L'autre, c'est Dietrich Henschel, chez qui chant (très sûr aussi, mais sans doute plus intériorisé) et théâtre deviennent indissociables. Sa façon d'habiter son personnage, de marcher, de bouger, ou d'exprimer son mal-être avant même d'avoir ouvert la bouche est fascinante.

Bruxelles, la Monnaie, jusqu'au 12 mars (les 4, 6, 7, 11 et 12 mars à 20h, les dimanches 2 et 9 mars à 15h). De 10 à 100 €, hors réductions. Durée : 1h40 env. sans entracte.

Tél. 070.233.939, Web www.lamonnaie.be

© La Libre Belgique 2008

 

 

22:38 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : opera, musique, la monnaie |  Facebook |

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